Ricardo Bofill, par ses emprunts décalés au vocabulaire classique, son usage (volontairement) approximatif de proportions et de compositions qu’on croyait perdues, a suscité (un temps) un immense espoir: le vent tournait-il enfin ? Il a vite fallu déchanter: seules les personnes n’ayant que de vagues notions d’architecture classique peuvent être abusées par ces pseudo-pastiches. Du reste, Bofill s’est immédiatement défendu, horresco referens, de « faire » du classicisme. Au contraire, il évoque l’idée que, selon lui, la « mémoire populaire » se fait du classicisme. Prenant le « peuple » pour inculte, il fait donc des « allusions », il « détourne », il « réécrit »: ses pilastres ne soutiennent rien, ses colonnes sont des cylindres non galbés et disgracieux, ses épidermes sont faits de matériaux médiocres et salissants. On est rassuré: Bofill ne copie pas le classicisme, il le tourne en dérision. En clair: il se vante d’être mauvais, il tient à nous rassurer totalement sur ce point, et de plus nous apprend que c’est, en tant que « peuple », ce que nous aimons.


Le projet ci-dessus est une transposition, en vrai classicisme, de ce à quoi Bofill fait (vaguement) allusion dans son décor de façade. On voit tout de suite que le climat instauré par notre projet n’a aucun rapport avec le sien. La première chose à éviter est, au moins en surface, l’effet déplorable créé par ces plaquages agrafés en matériaux agglomèrés qui posent toujours des problemes d’écoulement et de salissure (les mauvais larmiers, plaie des revêtements de façade actuels), et de les remplacer par des matériau naturels. Il convient également de ne pas « faire allusion à », mais de copier, tout simplement. Des formes et proportions qui sont le produit de siècles de tatonnement ne doivent être modifiées que d’une main tremblante. Retirez un dixième au diamètre d’une colonne, vous la rendez grêle. Un dizième de trop, elle est empatée. Nous n’avons fait qu’appliquer des recettes éprouvées par les siècles.

Ricardo Boffil a cessé de « réécrire ».
Effet de mode ? La provocation ne fait plus rire ses confrères ? Ou en a-t-il eu assez que certains crétins l’assimilent à Albert Speer ? Sa période « classique pour rire » est apparement révolue. Son marché Saint Honoré (1997), tout acier comme le Centre Pompidou, pourrait être un mall à Melbourne ou une banque à Francfort. Il n’est pas certain qu’à tout prendre, ce ne soit pas légèrement « moins pire ».
Ne vaut-il pas mieux, en effet, du bon Boulez que du mauvais Clayderman ?
D’autant que l’état antérieur de la place était particulièrement désastreux.
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