La hauteur est souvent considérée comme l’argument décisif, soit contre, soit pour les tours, les immeubles dits « de grande hauteur », ou encore ce que les urbanistes et architectes appellent parfois la « densité » urbaine. On s’inquiète ainsi de l’impact d’un volume sur les abords, les exemples catastrophiques, c’est évident pour ceux qui ne sont ni aveugles ni dépourvu de tout goût, abondent. Or il est très important de bien rappeler qu’il s’agit là d’un faux débat. La hauteur en soi n’a aucun inconvénient, et n’est pas une nouvelle venue dans l’architecture: des bâtiments de plus de cent mètres de hauts, voire 150 mètres, exisitaient bien avant la révolution industrielle, comme par exemple les cathédrales, les thermes romains, certains ouvrages militaires, etc. La cathédrale de Cologne, par exemple a la même hauteur que les clapiers du Front de Seine. Certains gratte ciels de Chicago sont encore plus hauts, et fort beaux. Le superbe Hôtel Ansonia (vue Google StreetView ici ) sur Broadway, à New York, a le même gabarit que le gag que s’apprête a construire l’artiste contemporain Edourd François, architecte retenu par la Ville de Paris pour le premier bâtiment s’affranchissant de l’insispensable verrou de 37 m de 1977 dans le secteur Masséna-Bruneseau (XIII ème arrondissement de Paris).

L’Hôtel Ansonia, à New York, fleuron touristique aujourd’hui « must be seen » de la metropole mondiale, a échappé de justesse à la démolition. Or il est aussi haut que les nouveaux attentats de 50 m que s’apprête à perpétrer la Ville de Paris et la responsable de cette catastrophe, Madame Anne Hidalgo.

BismarckStrasse, Düssedorf, Allemagne. Cette rue, absolument dépourvue de cachet et d’intérêt, uniquement constituée d’immeubles des années 50-60 reconstruits après la guerre, est plus basse que le gabarit haussmannien parisien. On peut donc être bas, et néanmoins très laid. On n’offre jamais deux billets pour un voyage en amoureux à Düsseldorf. Pourquoi ? Aux architectes de répondre… Cliquer sur l’image pour agrandir. Photo GoogleStreetView
Ce n’est pas parce que des constructions comme la tour Montparnasse, la tour Croulebarbe ou la tour Arago sont hautes qu’elles sont moches et saccagent le paysage.
Elles sont hideuses et saccagent parce qu’elles sont modernes, parce qu’elles sont conçues comme des produits industriels, et que leur esthétique ne relève ni de l’art, ni de l’architecture, mais du design et de l’ingenierie. Il existe des milliers d’immeubles d’une monstrueuse laideur à Paris ou dans toute autres villes, et qui sont confinés dans des gabarits très moyens. Donc le débat posé aux villes sur la densité (qui en, en soi, est un enjeu urbanistique réel) permet d’éviter la vraie question, cellle de la pollution visuelle due au non-art architectural dominant »
Je propose ici un exemple nouveau pour illustrer cette problématique.
Nous avons là trois immeubles Boulevard Vincent Auriol, à Paris, dans l’arrondissement le plus sinistré, le 13ème.

Cela ressemble à Chicago vers 1925. Nous n’avons rien contre la hauteur en soi: la Cathédrale de Cologne avec ses 157 mètres, est plus haute que les tours du front de Seine: or elle ne défigure pas Cologne, mais en diminue bien au contraire quelque peu la laideur d’ensemble. Les premiers gratte-ciel américains ont d’ailleurs hérité, pour ce qui était du décor extérieur, des traditions de l’architecture européenne (beaucoup d’architectes américains passant alors par notre école des Beaux-Arts). Le décor gothique de certain gratte-ciel était une réponse habile à la difficulté de trouver le langage convenant à ces constructions élevées. Les architectes se sont dit qu’ils ne pouvaient mal faire en usant d’un style qui fut celui des plus hauts édifices d’Europe pendant fort longtemps, le gothique laissant en outre plus de latitude à l’improvisation et à la transposition que le style classique.
L’ornement des gratte-ciel, (dés lors, bien entendu, qu’on les veut orner) est un véritable casse-tête, car ces édifices sont hors d’échelle par nature. Les infortunées tours du Word Trade Center étaient un exemple de solution de facilité: deux parallélépipèdes ou n’apparaissaient aucun repère.
Réveillons nous brutalement du rêve. La première impulsion viscérale qui vient à toute personne à laquelle il reste un vague sens esthétique est évidemment la démolition

D’autant que ces trois horreurs, de forme légèrement pyramidale ce qui leur a valu les noms dérisoire de Cheops, Khephren et Mykerinos, sont particulièrement dégradées : tags, fissures, urine, etc. L’évolution classique… Cette intervention isolée faisait partie d’une des plus abominables opérations d’urbanisme table rase de l’histoire de Paris, le programme « Paris 13 », qui nous a laissé entre autre le saccage total de la Place d’Italie, devenue, techniquement sinon sociologiquement, une cité « grand ensemble », la forêt de ruches Masséna, dont même un promoteur chinois ne voudrait pas, et le fin-fond du fin-fond, les « Olympiades », l’un des pires groupement de clapiers de l’Ile de France.
Valentin FIUMEFREDDO
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