Dés qu’on commence à s’entretuer, il y a lieu de s’inquiéter. Mais l’inquiétude prend un tour particulier lorsque les affrontements se font au milieu d’un musée.
La vieille ville de Sanaa, au Yemen, est peut-être la plus belle du moyen Orient, et de toute façon l’un des plus important ensemble médiéval du monde. Ses délicates constructions en plâtre, brique et terre forment un ensemble tout à fait étonnant de 6500 maisons, 106 mosquées, 12 hammams qui datent tous d’avant le XIe siècle. La grande Mosquée est même réputée avoir été construite alors que le Prophète vivait encore.
C’est pourquoi il est insupportable d’entendre parler de tirs de mortier et d’affrontement entre adversaires dans une guerre civile dans un endroit comme Sanaa. Que l’on se tire dessus au mortier à Ryhad ou à Koweit-City est indifférent (pertes humaines certes mises à part) car ce sont des villes sans aucune valeur architecturale. Mais que l’on se batte au canon dans les rues de Florence ou de Bamberg inspire la plus grande inquiétude.
Saana est la capitale d’un pays très proche culturellement de l’Arabie Saoudite, ce sont presque les même gens. Mais c’est un pays qui n’a pas de pétrole, donc est dans la misère et le sous développement.

Sanaa et ses précieuses maisons médiévales, un ensemble épargné par la construction industrielle moderne

Ryad, capitale de l’Arabie saoudite, impressionnante de richesse et de modernisme. Mais aucun de ces immeubles luxueux n’a la valeur artistique des pauvres maisons sans confort de Sanaa.
Et sans développement, pas de grands immeubles en verre et en marbre, pas de superbes autoroutes pleines de voitures, pas de mosquées avec l’air conditionné, de grands hôtels de luxe. Leurs voisins et frères en culture et en moeurs saoudiens jouissent d’un niveau de vie vingt fois supérieur.
Mais Ryad ressemble à n’importe quelle ville du Nevada et n’a absolument aucun intérêt.

La Havane est, faute d’entretien, dans un état de décripitude avancée. Mais que voit-on, sur cette photo ? Un instantané saisissant de la spécultion immobilière et du bétonnage « à l’espagnole » qui aurait continué si le développement de la ville n’avait été stoppé net. Ce grand immeuble fin années 50 défigure un ensemble de maisons qui seraient charmantes si on les retapait. Il est le premier d’une série d’autres qui n’auraient pas manqué de sortir de terre. Le saccage commençait tout juste lorsque Fidel a pris le pouvoir, tuant l’économie, mais stoppant involontairement le bétonnage « capitaliste » avec.

La forte impression d’Europe est fréquente en Amérique latine. Mais La Havane est dans un état, sinon de conservation, de préservation exceptionnel, semblable à nos villes-musée. En clair : sans la modernisation qui a défiguré toute les villes du continent.
Les villes de valeur épargnée par la pollution architecturale industrielle le sont en général parce que le ce que l’on appelle « développement » (nécessaire par ailleurs) n’a pu se faire. Exemple: la Havane, fixée dans son état de 1959, donc avec encore très peu de gratte-ciel hideux, par l’arrêt immédiat de toute expansion économique dés la prise de pouvoir par M. Fidel Castro: tout s’est arrêté, puisqu’il a anéanti l’économie du pays en quelque mois.
Aujourd’hui, le plus anticommuniste devrait néanmoins reconnaître honnêtement que, sans cet Ubu tropical, La Havane, au lieu d’être la Prague des tropiques qu’elle est (classée au patrimoine de l’Unesco), ressemblerait à Miami + Las Vegas, c’est à dire à La Défense : de grands clapiers, des autoroutes, des casinos immondes, et quelques quartiers protégés enserrés de gratte-ciel. Bref, à rien, à partout et à nulle part. Certes les Cubains auraient un niveau de vie dix fois plus élevé (Cuba était déjà le pays le plus développé d’Amérique latine en 1959) et cela doit être considéré.
Mais il n’empêche que lorsque, par le fait de circonstances particulières qui font que plus rien ne fonctionne, une ville ne peut pratiquement pas construire entre les années 50 et le début du XXIè siècle, elle est incroyablement plus belle (même décrépite) qu’une ville ou tout, y compris l’industrie du bâtiment, fonctionne normalement dans le même laps de temps. La Havane en est la démonstration positive, comme les villes allemandes reconstruites en sont la démonstration négative: sans architecture industrialisée, sans rationalisation, la ville est belle. Ville ancienne : belle. Ville moderne: moche et nulle. Simple. A méditer.
Valentin FIUMEFREDDO
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