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  • A propos du Plessis-Robinson

    Deux exemples emblématiques représentent le New Urbanism chez nous: Val d’Europe (autre «produit» indirect de Disney) et surtout le Plessis-Robinson, ensembles qui ont provoqué des discussions passionnées du fait de leur volume inhabituel, propre à créer un véritable cadre de vie nouveau. Ces deux expériences emblématique du New Urbanism en France correspondent indubitablement au goût du public, pas du tout à celui des architectes, qui les détestent en majorité. Il convient de s’y arrêter, car si Poundbury ou Jakriborg en Suède sont des tentative radicales, la majorité des programmes de ce type sont beaucoup plus modérés, ce qui est le cas de Val d’Europe et surtout du Plessis-Robinson. Attardons nous un moment sur le Plessis-Robinson.

    Eiffage Aménagement

    On ne peut d’abord que rappeler à quel point celui-ci est mal vu. Dire que le Plessis-Robinson (comme Val d’Europe) donne des boutons aux architectes et aux urbanistes n’est pas exagéré. Le contexte local fortement politisé n’a pas, de plus, contribué à la sérénité des discussions: le maire UMP actuel Philippe Pemezec, élu en mars 1989, avait succédé à Robert Gelly, maire communiste de 1972 à 1989, qui lui-même avait succédé à Robert Levol, maire lui aussi communiste de 1956 à1972. Ville communiste depuis des décennies, le Plessis-Robinson en avait la sociologie: elle comportait 65% de HLM. Ce changement de majorité s’est de surcroit fait grâce aux divisions de la gauche, le maire UMP n’ayant que quelques voix d’avance, le PS et le PC s’étant noyés dans des querelles qui les ont coulés alors qu’ils étaient majoritaires en voix. C’est donc grâce à quelques votes sanction d’électeurs socialiste que l’UMP est passée, défaite restant en travers à la gauche.

    Partisan déclaré du New-Urbanism, Philippe Pemezec s’est lancé dans un vaste programme de reconstruction en profondeur de la ville, dont la célèbre «cité jardin» du Plessis-Robinson, nom trompeur pour une cité HLM assez banale de la banlieue parisienne a fait en partie les frais. C’est une ironie de l’histoire que le Plessis-Robinson, actuellement exemple de new urbanism en France, ait du démolir en partie une des plus grande «cité-jardins» de la région parisienne pour opérer ses rénovations, sauf que cette cité jardin n’était qu’une cité de la banlieue parisienne tout à fait commune1.

    Qu’en est-il du résultat ? Tout d’abord, incontestablement, en parcourant ce nouveau quartier du Plessis Robinson, le premier sentiment qui envahit l’observateur est un immense soulagement. Ces petits immeubles «à taille humaine», tous différents les uns les autres, pourvus de toitures en pente, décorés d’éléments tirés de répertoire ornementaux que l’on utilisait plus, placés le long de rues s’écartant volontairement de la ligne droite, sont une bouffée d’oxygène.

    Hélas ce n’est pas totalement convaincant. Ces façades, tentant de restituer une ville ancienne, qui déclenchent l’ire des architectes, sont un demi-succès. Disons qu’au royaume des aveugles, les borgnes sont rois, et que cet endroit vaut infiniment mieux, c’est évident, que les grands clapiers. Mais l’on ne saurait s’en contenter à 100%.

    Xavier Bohl, architecte.

    Force est d’admettre que le Plessis-Robinson, passé l’enchantement des premières minutes, laisse une impression de malaise diffus. Les architectes « mainstream » qui détestent, et ceux qui voient ces tendances avec sympathie, ont tout deux du mal a mettre des mots sur les raisons de cette légère gêne. Les premiers appellent cela «Disneyland» et fustigent la ville proprette sans ambition pour classes moyennes, les seconds se demandent pourquoi ils ne parviennent pas à applaudir des deux mains. Qu’est-ce donc qui ne va pas ?

    Il est évident que c’est BEAUCOUP mieux que Nanterre.

    En réalité, aucun mystère la dedans. Le Plessis-Robinson, Val d’Europe pour une partie (Val d’Europe est par endroit bien meilleur) et autres programmes similaires ne fonctionnent qu’à moitié parce que, tout simplement, leur architecture n’est pas ce qu’elle prétend être. Ce «décor» urbain n’est pas vraiment fidèle à l’architecture de l’Île de France vers 1880. Si c’était le cas, il serait confondu avec le vrai ancien, on ne devrait pas percevoir que ces immeubles sont récents. Or on le perçoit tout de suite.

    Dessiner des pilastres toscans, même corrects, ne suffit pas. Si bons soient-ils, ces architectes, soit n’ont plus les réflexes, soit, ce qui est plus probable, n’ont pas souhaité réellement imiter; ils ont fait, horresco referens, de «l’ancien», mais « un peu moderne quand même», comme honteux de leur propre audace et reculant devant le péché.

    En somme ces bâtiments ne passent pas pour de l’ancien, parce qu’ils ne sont pas anciens, et n’en ont pas l’air. Ils comportent fors éléments typiques de la construction actuelle, qui se voient : balcons en porte à faux prolongeant le plancher-béton, fenêtres en longueur, encorbellement, arcs et portées infaisables en pierre, etc. Ils imitent les maçonneries traditionnelles alors que transparaissent les voiles et les coffrage tunnel, les murs en briques alvéolées et les poutres, linteaux et porteur en béton armé. Les enduits de surface peinent à imiter la pierre. Les éléments «classisants» sont soit faux, soit hors d’échelle, mal assortis, et souvent hors sol : un immeuble ressemble à Palladio, un autre à Brunelleschi, un troisième à Piranèse. Certains semblent sortis d’un livre Taschen du type «La Renaissance et l’utopie Urbaine» ou quelque chose dans ce genre. Les couleurs, les matériaux ne sont pas ceux de la région. Une façade tout à fait normale à Florence fait carton dans la Seine et Marne: question de lumière, de matériaux, d’échelle. Notons que se glissent ça et là quelques bâtiment franchement modernes, sans doute pour faire « divers ». En somme, tout cela n’a rien d’ancien, mais est banalement post-moderne, ce qui est une forme de modernisme.

    Entendons nous bien : Le Plessis Robinson est préférable, doit être préféré aux partis architecturaux et urbanistiques antérieurs dont il prend le contrepied. Tout devrait au moins ressembler au Plessis Robinson, service minimum de la beauté urbaine.

    La gêne que cette réalisation produit ne vient donc pas de sa laideur bien sûr, mais de ce qu’on se voit si près du but, et que l’on sent que les architectes, soit par manque de savoir-faire, soit par on ne sait quelle pudeur de chaisière, ont hésité à franchir les derniers pas. Le Plessis Robinson est donc la condition nécessaire mais non suffisante à un paysage urbain redevenu supportable.

    1 De nombreux ensembles ouvrier ont en effet été construits en France sous le nom de Cités-Jardins, qui n’ont que peu de rapport avec les principes de Howard. Il s’agit de cité HLM normales, avec des «espaces verts». En somme du Le Corbusier sans la hauteur.

    Valentin FIUMEFREDDO

  • Copie ? Pastiche ?

    Le Corbusier :


    «L’emploi de styles du passé, sous prétexte d’esthétique, dans les zones historiques, a des conséquences néfastes : le maintien de tels usages ou l’introduction de telles initiatives ne sera toléré sous aucune forme».
    (Thèse 70 de sa « Charte d’Athènes »)

    Pourquoi le célèbre théoricien protestant anti-plaisir ne tolère-t-il « sous aucune forme » l’emploi de « styles du passé » ?

    Mystère. Cela fait-il avorter les vaches prêtes à vêler ? Favorise l’alcoolisme chez les jeunes ? Donne le mildiou aux vignes ? Fait planter Windows server ? A notre connaissance, non. Ce qui a des conséquences néfastes, c’est très évidemment l’inverse.

    Mais il ne nous en dira hélas pas tellement plus. Quand il dit non, c’est non. En tout cas, si cela ne fait pas de Le Corbusier la cause unique de la laideur moderne (ces causes étant multiples, elle existerait sans lui) cette norme n’en règne pas moins aujourd’hui sans partage (ça change enfin un peu), même chez ceux qui considèrent Le Corbusier comme dépassé voire l’ont lu en diagonale. Considérerons donc que Le Corbusier parle ici au nom de tout le mouvement moderne et de toute la construction contemporaine.

    Il donne, disons le en passant, des verges pour se faire battre dans sa formule même: «sous prétexte d’esthétique», ce qui implique qu’il y a bien un problème esthétique avec l’architecture moderne, qui ne se posait pas avant. C’est lui qui le dit! Bref, répondons :

    Tout d’abord, l’expression «styles du passé» ne veut rien dire. Passé de quoi? Passé par rapport à quand? Bien malin, dés qu’on y réfléchit un peu, qui pourrait nous le dire.

    Prenons l’église de la Madeleine, copieusement décriée comme le type du pastiche servile et sans valeur de temple gréco-romain.

    Mais qu’a-t-on imité ? Un « temple antique » ? entendu. Mais lequel, et de quel «passé»? Mars Ultor à Rome, commencé en 42 après JC, dont la Madeleine est une copie ? L’Olympiéion à Athènes, commencé au IIIème siècle avant JC, et fini en 129 ? Si en une nuit il remplaçait la Madeleine, la plupart des parisiens ne le remarqueraient pas.

    Aspect probable de l’Olympiéion dans son état de 129 après J.-C., intégrant les colonnes et les fragments de l’entablement subsistants de nos jours. Restitution par Valentin Fiumefreddo pour Wikipédia. La Madeleine et l’Olympieion sont quasiment identiques.

    Cour Suprême américaine3, achevée en 1935, édifice jumeau quasi conforme de la Madeleine (pour l’avant-corps central) Cass Gilbert, architecte ; l’un des innombrables architectes américains passés par les Beaux-Arts de Paris, ou ayant fréquenté une école calquée sur le cursus des beaux-arts, ou ils avaient appris à tout copier, à tout assimiler.

    Qui copie quoi, donc ? Et à partir de quand ? Oui, il y a une différence : l’entrecolonnement de la Cour Suprême est pycnostyle, et celui de la Madeleine est systyle. Comme ça, vous le saurez ! Mais la différence est tout de même assez minime.

    Russell Senate Office Building à Washington (1908). Cela vous rappelle quelque chose ?
    Vous n’avez pas la berlue, cela ressemble bien au Louvre
    côté Perrault (1674, ci-dessous). L’architecte Edward Clark, un « beaux-arts », a préféré des colonnes doriques aux corinthiennes pour ne pas copier totalement sur nous. Je ne le critique pas : je fais volontiers pareil.
    Alors style du passé, oui. Mais de quel passé ? Il y a deux cents ans de distance entre les deux édifices, sans inconvénient majeur.

    L’Opéra de Dresde, le prestigieux Semper Oper, est une reconstitution de l’édifice de 1878 détruit en 1945, celui de 1878 étant déjà une reconstruction d’un plus ancien encore, incendié en 1869. C’est une reconstruction (à peu près) à l’identique.
    En quoi est-il plus une reconstruction de l’original que la Madeleine n’est une reconstruction de l’Olympiéion ou du temple de Mars Ultor ? Et Notre-Dame, dont 80% des pierres sont de Viollet-le-Duc, est-elle un bâtiment du moyen âge, ou du XIXème siècle? Et désormais en partie (et pas qu’une petite partie) du XXIème siècle, vu la remarquable reconstruction récente. Et le Louvre de Claude Perrault, traducteur «de référence» de Vitruve, est-ce du Perrault ou du Vitruve ?

    L’idée de «style du passé» n’est ainsi qu’un mot vague et délibérément imprécis servant à légitimer le «tout moderne». La phrase de Le Corbusier n’est rien d’autre que l’injonction de faire du moderne au sens ou il entendait, lui, ce mot.

  • Ministère des finance et rue de Bercy

    C’est un grand clapier. On dit que Paul Chemetov a été choisi parce qu’il était le seul à y caser les mètres carrés que l’administration attendait. Je vais peut-être vous surprendre, mais ce critère est à mon avis, et pour refaire une faute de français usée, le « moins pire ». En effet, au moins, ils n’ont pas choisi par snobisme ou cuistrerie. J’ai déjà parlé de ce bâtiment , dans un quartier déjà particulièrement laid. Je refais simplement une nouvelle tentative, en cassant non seulement cette barre mais les autres structures autour. Je reconstruit, en somme, intégralement le quartier. Aucune ville ne devrait ressembler à autre chose que ce que je propose. Riez, riez. Mais demandez vous pourquoi personne n’aime vos projets.

  • Hôtel de Région Rhone-Alpe

    « Face aux projets proposés par Norman Foster [Saccage du Reichtag à Berlin], Engel Zimmerman (Cologne), Francis Soler (Paris) et Vasconi associés architectes [dont on évoquera, pour mémoire, le ratage des Halles, à refaire entièrement après seulement 30 ans d’existence], c’est le bâtiment de l’architecte français qui a été définitivement adopté en 2006 pour son « ouverture, sa lisibilité, son adaptabilité et l’évolutivité des espaces intérieurs ».

    Qu’est-ce que la « lisibilité ? »  Qu’est-ce que « l’ouverture »? Ce bâtiment est un parallélépipède gris marron, percé de petites fenêtres en longueur, semblable à un hangar.

    « L’ouverture », concept creux et passe partout, se manifeste ici par un vaste hall en porte à faux déclif, repris de son cafardeux palais des Congrès de la porte Maillot mais caché derrière une vaste façade rideau de type CNIT. Il s’agit une fois encore de l’un de ces espaces sous verrière à la mode, les « atriums », ou encore « patios », avec palmiers faméliques dans des pots (j’en fais le pari) et leur ascenseurs extérieurs (hôpital Percy, Clamart, AART Farah, arch.). Voilà pour « l’ouverture ».

    « Cette composition », dit l’architecte, « démultiplie et diversifie les espaces, les corps de bureaux formant une chaîne continue, un unique bâtiment flexible qui serpente. Avec cette forme, c’est tout un paysage intérieur qui apparaît depuis le parvis et le cours Charlemagne et qui s’ouvre aux lumières et aux vues vers la ville, dans un jeu de pleins et de vides habités : un forum visible, une « place » du politique, une grande maison commune et accessible. »

    Ce n’est évidemment ni « commun » ni « accessible ». L’accès en est sécurisé et fliqué comme celui de tout les bâtiments publics, faute de quoi il serait pillé et saccagé dans les deux heures. Alors que veut dire ce prêchi-prêcha ? Simplement: « Ce que je fais est génial, je suis pour la démocratie, je suis un mec cool et en plus j’aime vraiment les gens, voire même les bêtes ».

    Projet alternatif de Valentin Fiumefreddo, 2011. La verdure manque dans l’état actuel. Bienvenue dans un monde un peu plus supportable…

    « I have a dream! » : Un bâtiment occupant la même emprise, ayant le même gabarit et la même affectation, mais avec une petite différence, juste une: qu’il ne donne pas envie de se flinguer lorsqu’on passe à proximité. Est-ce trop demander ? Pour 99% des architectes, oui. Ils sont incapables de sortir d’un choix cornélien : ne pas construire, ou construire, mais détruire définitivement le site. Idéologie rationaliste, anti-artistique, logique comptable et industrielle, design en guise d’emballage: leur marge de manoeuvre est quasi nulle. L’architecture contemporaine est de ce fait structurellement, congénitalement uniformément et irrémédiablement moche; il y a un vrai problème. Il faut tout revoir, de fond en comble.

    Les jeunes (ou moins jeunes) architectes et urbanistes peuvent se gausser de ce dessin. Riez tant que vous voulez, mais demandez vous pourquoi personne n’aime jamais ce que vous construisez. Si Francfort et Rotterdam attiraient les touristes, ça se saurait.

    Que faire dans ce projet ? La place était limitée et une surface était imposée, le gabarit et le cahier des charges contraignants, notamment quant à la surface de bureaux à mettre à disposition (40 000m2). Ce n’est pas une excuse. Dans un tel cas, il a semblé que les seuls partis dont on pouvait s’inspirer étaient ceux des grands hôtels, des palaces du type Negresco ou Normandy, et surtout pas d’un parlement, fût -il « régional ».

    Retour au passé ? Oui, et alors ? Pourquoi pas ? Ne retournent-ils pas continuellement dans le passé, ces architectes et urbanistes, tous ultra-réactionnaires, qui rabâchent indéfiniment depuis un siècle les concepts des années 20, Mies van der Rohe, Adolf Loos, les 95 thèses anti-jouissance protestantes de la Charte d’Athène, etc. ? Ne serait-il pas temps d’évoluer ? De se moderniser un peu ?

  • Pauvreté égale donc beauté ?

    Dés qu’on commence à s’entretuer, il y a lieu de s’inquiéter. Mais l’inquiétude prend un tour particulier lorsque les affrontements se font au milieu d’un musée.

    La vieille ville de Sanaa, au Yemen, est peut-être la plus belle du moyen Orient, et de toute façon l’un des plus important ensemble médiéval du monde.  Ses délicates constructions en plâtre, brique et terre forment un ensemble tout à fait étonnant de 6500 maisons, 106 mosquées,  12 hammams qui datent tous d’avant le XIe siècle. La grande Mosquée est même réputée avoir été construite alors que le Prophète vivait encore.

    C’est pourquoi il est insupportable d’entendre  parler de tirs de mortier et d’affrontement entre adversaires dans une guerre civile dans un endroit comme Sanaa. Que l’on se tire dessus au mortier à Ryhad ou à Koweit-City est indifférent (pertes humaines certes mises à part) car ce sont des villes sans aucune valeur architecturale. Mais que l’on se batte au canon dans les rues de Florence ou de Bamberg inspire la plus grande inquiétude.

    Saana est la capitale d’un pays très proche culturellement de l’Arabie Saoudite, ce sont presque les même gens. Mais c’est un pays qui n’a pas de pétrole, donc est dans la misère et le sous développement.

    Sanaa et ses précieuses maisons médiévales, un ensemble épargné par la construction industrielle moderne

    Ryad, capitale de l’Arabie saoudite, impressionnante de richesse et de modernisme. Mais aucun de ces immeubles luxueux n’a la valeur artistique des pauvres maisons sans confort de Sanaa.

    Et sans développement, pas de grands immeubles en verre et en marbre, pas de superbes autoroutes pleines de voitures, pas de mosquées avec l’air conditionné, de grands hôtels de luxe. Leurs voisins et frères en culture et en moeurs saoudiens jouissent d’un niveau de vie vingt fois supérieur.

    Mais Ryad ressemble à n’importe quelle ville du Nevada et n’a absolument aucun intérêt.

    La Havane est, faute d’entretien, dans un état de décripitude avancée. Mais que voit-on, sur cette photo ? Un instantané saisissant de la spécultion immobilière et du bétonnage « à l’espagnole » qui aurait continué si le développement de la ville n’avait été stoppé net. Ce grand immeuble fin années 50 défigure un ensemble de maisons qui seraient charmantes si on les retapait. Il est le premier d’une série d’autres qui n’auraient pas manqué de sortir de terre. Le saccage commençait tout juste lorsque Fidel a pris le pouvoir, tuant l’économie, mais stoppant involontairement le bétonnage « capitaliste » avec.

    La forte impression d’Europe est fréquente en Amérique latine. Mais La Havane est dans un état, sinon de conservation, de préservation exceptionnel, semblable à nos villes-musée. En clair : sans la modernisation qui a défiguré toute les villes du continent.

    Les villes de valeur épargnée par la pollution architecturale industrielle le sont en général parce que le ce que l’on appelle « développement »  (nécessaire par ailleurs) n’a pu se faire. Exemple: la Havane, fixée dans son état de 1959, donc avec encore très peu de gratte-ciel hideux, par l’arrêt immédiat de toute expansion économique dés la prise de pouvoir par M. Fidel Castro: tout s’est arrêté, puisqu’il a anéanti l’économie du pays en quelque mois.

    Aujourd’hui, le plus anticommuniste devrait néanmoins reconnaître honnêtement que, sans cet Ubu tropical, La Havane, au lieu d’être la Prague des tropiques qu’elle est (classée au patrimoine de l’Unesco), ressemblerait à Miami + Las Vegas, c’est à dire à La Défense : de grands clapiers, des autoroutes, des casinos immondes, et quelques quartiers protégés enserrés de gratte-ciel. Bref, à rien, à partout et à nulle part. Certes les Cubains auraient un niveau de vie dix fois plus élevé (Cuba était déjà le pays le plus développé d’Amérique latine en 1959) et cela doit être considéré.

    Mais il n’empêche que lorsque, par le fait de circonstances particulières qui font que plus rien ne fonctionne, une ville ne peut pratiquement pas construire entre les années 50 et le début du XXIè siècle, elle est incroyablement plus belle (même décrépite) qu’une ville ou tout, y compris l’industrie du bâtiment, fonctionne normalement dans le même laps de temps. La Havane en est la démonstration positive, comme les villes allemandes reconstruites en sont la démonstration négative: sans architecture industrialisée, sans rationalisation, la ville est belle. Ville ancienne : belle. Ville moderne: moche et nulle. Simple. A méditer.

    Valentin FIUMEFREDDO

  • Le faux problème de la hauteur

    La hauteur est souvent considérée comme l’argument décisif, soit contre, soit pour les tours, les immeubles dits « de grande hauteur », ou encore ce que les urbanistes et architectes appellent parfois la « densité » urbaine. On s’inquiète ainsi de l’impact d’un volume sur les abords, les exemples catastrophiques, c’est évident pour ceux qui ne sont ni aveugles ni dépourvu de tout goût, abondent. Or il est très important de bien rappeler qu’il s’agit là d’un faux débat. La hauteur en soi n’a aucun inconvénient, et n’est pas une nouvelle venue dans l’architecture: des bâtiments de plus de cent mètres de hauts, voire 150 mètres, exisitaient bien avant la révolution industrielle, comme par exemple les cathédrales, les thermes romains, certains ouvrages militaires, etc. La cathédrale de Cologne, par exemple a la même hauteur que les clapiers du Front de Seine. Certains gratte ciels de Chicago sont encore plus hauts, et fort beaux. Le superbe Hôtel Ansonia (vue Google StreetView ici ) sur Broadway, à New York, a le même gabarit que le gag que s’apprête a construire l’artiste contemporain Edourd François, architecte retenu par la Ville de Paris pour le premier bâtiment s’affranchissant de l’insispensable verrou de 37 m de 1977 dans le secteur Masséna-Bruneseau (XIII ème arrondissement de Paris).

    L’Hôtel Ansonia, à New York, fleuron touristique aujourd’hui « must be seen » de la metropole mondiale, a échappé de justesse à la démolition. Or il est aussi haut que les nouveaux attentats de 50 m que s’apprête à perpétrer la Ville de Paris et la responsable de cette catastrophe, Madame Anne Hidalgo.

    BismarckStrasse, Düssedorf, Allemagne. Cette rue, absolument dépourvue de cachet et d’intérêt, uniquement constituée d’immeubles des années 50-60 reconstruits après la guerre, est plus basse que le gabarit haussmannien parisien. On peut donc être bas, et néanmoins très laid. On n’offre jamais deux billets pour un voyage en amoureux à Düsseldorf. Pourquoi ? Aux architectes de répondre… Cliquer sur l’image pour agrandir. Photo GoogleStreetView

    Ce n’est pas parce que des constructions comme la tour Montparnasse, la tour Croulebarbe ou la tour Arago sont hautes qu’elles sont moches et saccagent le paysage.

    Elles sont hideuses et saccagent parce qu’elles sont modernes, parce qu’elles sont conçues comme des produits industriels, et que leur esthétique ne relève ni de l’art, ni de l’architecture, mais du design et de l’ingenierie. Il existe des milliers d’immeubles d’une monstrueuse laideur à Paris ou dans toute autres villes, et qui sont confinés dans des gabarits très moyens. Donc le débat posé aux villes sur la densité (qui en, en soi, est un enjeu urbanistique réel) permet d’éviter la vraie question, cellle de la pollution visuelle due au non-art architectural dominant »

    Je propose ici un exemple nouveau pour illustrer cette problématique.

    Nous avons là trois immeubles Boulevard Vincent Auriol, à Paris, dans l’arrondissement le plus sinistré, le 13ème.

    Cela ressemble à Chicago vers 1925. Nous n’avons rien contre la hauteur en soi: la Cathédrale de Cologne avec ses 157 mètres, est plus haute que les tours du front de Seine: or elle ne défigure pas Cologne, mais en diminue bien au contraire quelque peu la laideur d’ensemble. Les premiers gratte-ciel américains ont d’ailleurs hérité, pour ce qui était du décor extérieur, des traditions de l’architecture européenne (beaucoup d’architectes américains passant alors par notre école des Beaux-Arts). Le décor gothique de certain gratte-ciel était une réponse habile à la difficulté de trouver le langage convenant à ces constructions élevées. Les architectes se sont dit qu’ils ne pouvaient mal faire en usant d’un style qui fut celui des plus hauts édifices d’Europe pendant fort longtemps, le gothique laissant en outre plus de latitude à l’improvisation et à la transposition que le style classique.

    L’ornement des gratte-ciel, (dés lors, bien entendu, qu’on les veut orner) est un véritable casse-tête, car ces édifices sont hors d’échelle par nature. Les infortunées tours du Word Trade Center étaient un exemple de solution de facilité: deux parallélépipèdes ou n’apparaissaient aucun repère.

    Réveillons nous brutalement du rêve. La première impulsion viscérale qui vient à toute personne à laquelle il reste un vague sens esthétique est évidemment la démolition

    D’autant que ces trois horreurs, de forme légèrement pyramidale ce qui leur a valu les noms dérisoire de Cheops, Khephren et Mykerinos, sont particulièrement dégradées : tags, fissures, urine, etc. L’évolution classique… Cette intervention isolée faisait partie d’une des plus abominables opérations d’urbanisme table rase de l’histoire de Paris, le programme « Paris 13 », qui nous a laissé entre autre le saccage total de la Place d’Italie, devenue, techniquement sinon sociologiquement, une cité « grand ensemble », la forêt de ruches Masséna, dont même un promoteur chinois ne voudrait pas, et le fin-fond du fin-fond, les « Olympiades », l’un des pires groupement de clapiers de l’Ile de France.

    Valentin FIUMEFREDDO

  • « Ville musée » et tours – Paris selon Dominique Perrault

    L’expression « ville musée » revient sempiternellement dans la prose des urbanistes, des architectes, des journalistes et, plus généralement dans les médias, dès lors qu’il s’agit de juger de l’opportunité d’une intervention « contemporaine » dans les tissus anciens existants des villes, européennes pour l’essentiel.

    Et bien entendu, lorsqu’on parle de « ville musée », il s’agit forcément de « tonner contre ». La ville musée, « ce n’est pas bien ». C’est un tissu urbain sclérosé, endormi, conforme, en somme, aux désirs d’immobilité des vieux cons. Ah ! ces vieux cons. Que ferait-on sans eux ? Etre contre « l’architecture moderne », donc contre les tours, c’est nécessairement être un « vieux » et « con » de surcroît parce qu’il n’a pas suivi le mouvement, celui des « jeunes », ouverts, tournés vers l’avenir, qui aiment ce qui « bouge ».

    Dominique Perrault, l’architecte de la Bibliothèque François Mitterrand à Tolbiac, interrogé sur les tours dans Paris intra muros (dont évidemment personne ne veut) s’inquiète de cela. Et ses arguments sont excellents car ils concentrent tout les lieux communs de la propagande du lobby de l’industrie du bâtiment. Nous allons en citer deux ou trois, et vous les traduire. « Il y a, dit -il, une inquiétante diabolisation de la modernité et cela se ressent dans les difficultés qu’on rencontre pour transformer la capitale ». Cela veut dire en clair: « il y a des gens qui n’ont pas le même goût que moi, ce que j’ai vraiment du mal à comprendre, mais en plus ils résistent! ». En effet, les opposistions, à Paris, restent très vivaces contre le saccage de ce qui subsiste de la beauté de Paris (ce que les industriels et leurs communicants cherchent désepérément à détruire). Du reste, pourquoi « transformer la capitale » ? On n’en voit pas la necessité.

    Londres, une « nouvelle silhouette ». Voilà en quoi Perrault veut « transformer » la capitale. En clair, il veut y faire les même dégâts que les bombardements de la seconde guerre mondiale sur Berlin. Car non seulement ces gratte-ciels constituent en eux-même une pollution visuelle, mais il faut nécessairement détruire l’ancien pour les mettre à sa place. Or il y a un siècle, Londres ressemblait plutôt à Edimbourg qu’à Durban. Donc il y a bien destruction du beau, du joli, par de l’hideux et du cafard.

    Déçu de la « frilosité » des Parisiens et de ceux qu’il surnomme les « Touche pas à ma ville« , Dominique Perrault réfute par ailleurs l’argument de la tour Montparnasse. « Cette tour isolée, au lieu de la détruire, il faudrait en construire d’autres autour, pour constituer une famille. C’est le côté célibataire de la tour qui est détestable. » . Vous avez bien lu : il faudrait aussi saccager, voire démolir une partie, par exemple, de la rue de Rennes, pour ajouter d’autres tours. Ce serait mieux avec deux ou trois autres Montparnasse qu’avec une seule. Suivez le raisonnement, inspiré de l’effoyable plan Voisin (à voir sur ici ce site): pour que la laideur ne fasse pas balafre, supprimons ce qui est encore beau. Quand tout est laid, rien ne ressort plus comme spécialement laid, voilà l’astuce ! Drôlement futé ! Ah , et puis la « frilosité ». C’est un terme génial. Cela donne vraiment l’impression que nous sommes de pauvres petits vieux, faibles, malades, tremblants, devant tout ce qui « change ». Un frileux, c’est vraiment un minable, en somme. Alors qu’un « pas frileux », c’est un intrépide, un type qui fonce, moderne, ouvert, bref, « tourné vers l’avenir ».

    Ce qui est bien, dit Dominique Perrault, c’est Londres, par exemple, qui « s’est dotée d’une nouvelle silhouette urbaine [une forêt hideuse de gratte-ciel, NdT] qui traduit sa vitalité autant que celle de sa population. Il n’y a pas de honte à transformer sa ville ». Si! il y a une honte à saccager une oeuvre d’art avec du toc et du Kleenex. En effet, Londres est une ville (même s’il reste de très beaux vestiges) largement défigurée, aussi moche que Francfort, aussi nulle que Sydney. « Il est pourtant inéluctable que des immeubles, qui n’ont pas la forme d’un ilot haussmannien, apparaissent un jour dans le paysage parisien », prédit-il. Au secours ! Des choses, dans cette hypothèse, seraient nécessairement démolies. Donc Paris serait plus laid qu’avant, c’est tout. Ces lobbyistes ne renoncent pas à intervenir là où précisément leurs présence est à proscriresans pitié, comme est exclu un coup de cutter en travers de la Joconde.

    Comment fonctionne ce raisonnement fumeux ? Il se base essentiellement sur une idée fausse, qui n’est pas évidente à première écoute.

    C’est l’idée selon laquelle l’avenue de l’Opéra que vous voyez ci dessus, est un exemple de l’architecture d’il y a 150 ans, la Place des Vosges de celle d’il y a 400 ans, et tout naturellement Perrault, celle de « notre temps ». Donc tout est très rassurant, tout est dans la continuité, et le rejet temporaire du modernisme par les « vieux » (qui vont bientôt crever) est normal, et de tous les temps.

    Or cela est totalement faux. Il y a un petit détail qui change tout, c’est ce qui s’est produit, et surtout accéléré, à la fin du XIXème siècle, trois fois rien, une broutille : la révolution industrielle, et par suite la révolution industrielle de l’architecture. Nous n’avons pas la place de détailler ici, mais il suffit de comprendre qu’il n’y a pas de différence d’époque et de style entre Philipbert Delorme et Perrault, mais une différence de nature : art d’un côté, industrie de l’autre. Ou plus concret : Delorme c’est un fauteuil ancien acheté à prix d’or au Louvre des antiquaires, Perrault le fauteuil Roche Bobois pour salle d’attente de dentiste

    Il faut le rappeler une fois de plus : ce qui existe, c’est l’industrie de la construction, dominée par de grands groupes de BTP (Eiffage, Bouygues) ou immobilier (Unibail), qui fait appel, pour ses produits, à des designers que l’on continue à appeler architectes par tradition. Ce que l’on appelait « architecte » il y a un siècle n’a aucun rapport avec l’acception actuelle du mot.

    Donc, interroger un « architecte », comme la paresse journalistique porte systématiquement à le faire dès lors qu’il s’agit d’architecture, c’est un peu comme interroger un bourreau sur la peine de mort. Demander aux saccageurs ce qu’ils pensent du saccage est une absurdité courante dans ce domaine.

    Valentin FIUMEFREDDO

  • Immeuble habitation HQE

    Habitations.
    Mixte, pierre, briques et bois (colombages).
    Le colombage est une technique qui allie économie et qualité esthétique. Son prix modéré permet de l’envisager pour la constructien entrée de gamme, par exemple pour le logement social. Nous avons ici un exeple avec hourdage (remplissage) en chanvre.

    Pour ce qui est de la pierre, son prix de revient s’avère moins élevé qu’on le croit pour peu que les études préalables soient correctement faites. Selon Eliet&Lehman, une agence très sérieuse, il est possible de construire en pierre de taille massive pour 1070€ le m2 un ensemble de 50 logements, soit un tout petit surcoût par rapport aux voiles de béton classique.
    En effet, la pierre de taille massive, s’avère moins chère que la pierre agrafée (plaques minces fixées sur du béton) ou autoporteuse (pierres plus épaisses, mais formant parement sur un mur en béton) car elle ne necessite qu’une seule opération, un seule type de mise en oeuvre. De plus l’isolement est meilleur voire non indispensable si le mur est assez épais.

    L’intégration dans ces tissus existants anciens ne poserait aucun problème.

    Article sur les travaux de
    Eliet&Lehmann

  • Plan Voisin

    Le Plan Voisin, et l’urbanisme qui en a découlé, sont aujourd’hui complètement discrédités, et s’en prendre à cela c’est un peu tirer sur une ambulance. Il aurait du s’appeler le Plan Le Corbusier, Gabriel Voisin n’étant que l’industriel qui fut intéressé par le financement et la promotion de l’idée de l’architecte pour « une ville de trois millions d’habitants ».

     « Le projet est présenté au salon des arts décoratifs de 1925 et publié dans L’Esprit nouveau. Il comprend une cité d’affaires de 240 hectares allant de la place de la République à la rue du Louvre et de la gare de l’Est à la rue de Rivoli. Dix-huit gratte-ciels cruciformes (dans lesquels résideraient 500 à 700 000 personnes[3]) y sont prévus, construits selon une trame orthogonale régulière, ainsi qu’une cité de résidence de la rue des Pyramides au rond-point des Champs-Élysées et de la gare Saint-Lazare à la rue de Rivoli. Une gare centrale souterraine aurait été établie entre ces deux secteurs. » (Wikipédia)

    Ce à quoi aurait sans doute ressemblé Paris et les dix huit tours Montparnasse de Le Corbusier, à peu près au niveau du Boulevard de Sébastopol ou de la rue Réaumur pour un automobiliste empruntant l’autoroute radiale traversant cette ville nouvelle (en rouge). Sympa… c’est un peu la porte de Bagnlolet, un peu le pont de Neuilly, un peu le centre de Houston… Quelque part vers la gauche devait se trouver le Conservatoire National des arts et métiers, c’est à dire le Prieuré Saint-Martin-des-Champs, rue St Martin, remplacé sans doute par un centre commercial du type Lyon La Part-Dieu. Le Corbusier reste une référence pour tous les urbanistes, même si la table rase n’est plus de mise, uniquement parce que l’opinion publique ne suit pas. Si on les laissait faire…

    Si l’on en croit les dessins du célèbre architecte, Le Corbusier n’avait pas l’intention d’épargner l’Eglise Saint-Germain l’Auxerrois, mais on peut supposer que la folie de son projet se serait heurtée aux protestations les plus virulentes. Donc, selon le Plan Voisin, voilà à quoi ressemblerait sans doute aujourd’hui le site vu du quai du Louvre. Au delà de la rue de Rivoli, devenue une sorte d’artère principale de Los Angeles, commence la « ville de trois million d’habitants » qui évoque les plus terribles opérations d’urbanisme des années 60. On imagine sans peine les « jardins » battus par des vent glaciaux entre les tours cruciformes de deux cent mètres de haut, avec leur parkings souterrains, leurs entrées de tunnels autoroutiers, leurs dalles et probablemement leurs enseignes géantes de type « Fnac », « Carrefour », voire « Centre Commercial Le Corbusier ».

    Autre vue du terrifiant Plan Voisin de Le Corbusier. Il est évident qu’un tel programme aurait constitué une régression épouvantable de la qualité de la vie et du rayonnement de Paris. Pénétré d’une vision hygiéniste de l’architecture et de l’urbanisme qui fait aujourd’hui sourire (du moins on l’espère pour ce qui est de la majorité des architectes), sincèrement désireux de trouver une solution à l’insalubrité d’un quartier alors mal entretenu, le Marais, Le Cobusier voulait loger tout ce monde là dans de grandes boîtes saines et ensoleillées. Songeons à ce fait ironique, cinglant démenti d’un modernisme naïf et des bienfaits supposées de l’industrialisation du bâtiment: le Marais et ses « taudis », épargné par la rage de faire tout, « tout propre », de Le Corbusier, est aujourd’hui, avec en gros les mêmes maisons aux mêmes places qu’en 1927, l’un des quartiers les plus chers et les plus luxueux du monde… En serait-il de même avec ce sous-Johannesburg surgissant de derrière le Louvre ? Le prestigieux musée a soudain un vague air de façade du Pentagone…

    Quelle horreur !

  • Théâtre ou opéra

    Projet/dessin de Valentin Fiumefreddo / 2009

    Cette étude pour un théâtre ou un opéra reprend la pratique de la conservation des façades, critiquée par architectes et défenseurs du patrimoine qui la dénoncent comme « façadisme ». Le principe en est repris ici en ce que la façade est une création, mais, selon le même procédé, enveloppe d’un décor extérieur une structure complètement indépendante, permettant d’assurer des prestations et services spécifiques (plateaux libres, circulations, cablerie, etc.). La façade est donc « comme » conservée.

    Elle ménage de hautes ouvertures fermée par des panneaux de verre teinté (vitrage extérieur attaché).
    L’avant-corps central intègre des éléments d’un arc de triomphe et une triple baie inspirée de la porte d’Hadrien à Athènes.
    C’est l’ordre corinthien qui est ici choisi pour sa majesté.

    Les combles et la toiture sont en bois lamellé-collé, qui permet des formes courbes créatives et de vastes portées.

    Esquisses préparatoires à ce projet de façade.