Libérer de l’espace pour agrandir le Musée du Louvre en déménageant les locaux du ministère des Finances qui s’y sentaient à l’étroit était une bonne décision. Le nouveau bâtiment fut confié à Paul Chemetov qui présenta son projet ainsi: « l’affirmation souhaitable de ce lieu urbain ne peut être fondée que sur ses composantes évidentes, c’est à dire le cours de la Seine et son franchissement. Ces deux éléments, de signes contraires et complémentaires, peuvent singulariser l’accès sud-est vers le Paris historique. »

Que voulait dire ainsi Paul Chemetov ? Il entendait sans doute justifier que le bâtiment est disposé transversalement par rapport à la Seine, et qu’une partie se trouve « les pieds dans l’eau ». La cohabitation avec le pont de Bercy, datant de 1864 et élargi à l’identique par Christian Langlois en 1992, ne se fait pas, même si Chemetov a tenté de rythmer ses volumes de façon monumentale, conscient du caractère institutionnel de ce ministère central. Cet aspect du bâtiment (son effet « ministériel ») est relativement réussi (ce qui n’est pas si facile), mais le caractère brutaliste de cette structure fort longue, même si elle ne détruit pas l’harmonie du site qui est presque entièrement bâti de tissus des années 70, conserve tous les défauts de l’architecture moderniste: répétitivité des formes, arythmie, monotonie et défaut d’échelle lisible.

Un dessin en structure traditionnelles, en l’occurence de style classique (car d’autre options, historicistes, néogothiques, néo renaissance, ou ce qui pourrait désormais s’appeler « néo-art nouveau » pourraient être étudiées) s’inbriquant dans le même volume et à peu près sur le même plan de masse ouvre de nombreuses possibilités. Ce projet s’inspire de plusieurs palais royaux et partage avec la réalisation de Chemetov la monumentalité et la solennité. Néanmoins, nous sommes conscients que, si l’on peut critiquer son défaut d’intégration, le même reproche peut m’être adressé, à moins qu’un tel bâtiment ait été partie d’un plan de rénovation urbaine concernant toute la zone, qui est fortement marquée par l’urbanisme radical des quanrante dernières années.



