Plan Voisin

Le Plan Voisin, et l’urbanisme qui en a découlé, sont aujourd’hui complètement discrédités, et s’en prendre à cela c’est un peu tirer sur une ambulance. Il aurait du s’appeler le Plan Le Corbusier, Gabriel Voisin n’étant que l’industriel qui fut intéressé par le financement et la promotion de l’idée de l’architecte pour « une ville de trois millions d’habitants ».

 « Le projet est présenté au salon des arts décoratifs de 1925 et publié dans L’Esprit nouveau. Il comprend une cité d’affaires de 240 hectares allant de la place de la République à la rue du Louvre et de la gare de l’Est à la rue de Rivoli. Dix-huit gratte-ciels cruciformes (dans lesquels résideraient 500 à 700 000 personnes[3]) y sont prévus, construits selon une trame orthogonale régulière, ainsi qu’une cité de résidence de la rue des Pyramides au rond-point des Champs-Élysées et de la gare Saint-Lazare à la rue de Rivoli. Une gare centrale souterraine aurait été établie entre ces deux secteurs. » (Wikipédia)

Ce à quoi aurait sans doute ressemblé Paris et les dix huit tours Montparnasse de Le Corbusier, à peu près au niveau du Boulevard de Sébastopol ou de la rue Réaumur pour un automobiliste empruntant l’autoroute radiale traversant cette ville nouvelle (en rouge). Sympa… c’est un peu la porte de Bagnlolet, un peu le pont de Neuilly, un peu le centre de Houston… Quelque part vers la gauche devait se trouver le Conservatoire National des arts et métiers, c’est à dire le Prieuré Saint-Martin-des-Champs, rue St Martin, remplacé sans doute par un centre commercial du type Lyon La Part-Dieu. Le Corbusier reste une référence pour tous les urbanistes, même si la table rase n’est plus de mise, uniquement parce que l’opinion publique ne suit pas. Si on les laissait faire…

Si l’on en croit les dessins du célèbre architecte, Le Corbusier n’avait pas l’intention d’épargner l’Eglise Saint-Germain l’Auxerrois, mais on peut supposer que la folie de son projet se serait heurtée aux protestations les plus virulentes. Donc, selon le Plan Voisin, voilà à quoi ressemblerait sans doute aujourd’hui le site vu du quai du Louvre. Au delà de la rue de Rivoli, devenue une sorte d’artère principale de Los Angeles, commence la « ville de trois million d’habitants » qui évoque les plus terribles opérations d’urbanisme des années 60. On imagine sans peine les « jardins » battus par des vent glaciaux entre les tours cruciformes de deux cent mètres de haut, avec leur parkings souterrains, leurs entrées de tunnels autoroutiers, leurs dalles et probablemement leurs enseignes géantes de type « Fnac », « Carrefour », voire « Centre Commercial Le Corbusier ».

Autre vue du terrifiant Plan Voisin de Le Corbusier. Il est évident qu’un tel programme aurait constitué une régression épouvantable de la qualité de la vie et du rayonnement de Paris. Pénétré d’une vision hygiéniste de l’architecture et de l’urbanisme qui fait aujourd’hui sourire (du moins on l’espère pour ce qui est de la majorité des architectes), sincèrement désireux de trouver une solution à l’insalubrité d’un quartier alors mal entretenu, le Marais, Le Cobusier voulait loger tout ce monde là dans de grandes boîtes saines et ensoleillées. Songeons à ce fait ironique, cinglant démenti d’un modernisme naïf et des bienfaits supposées de l’industrialisation du bâtiment: le Marais et ses « taudis », épargné par la rage de faire tout, « tout propre », de Le Corbusier, est aujourd’hui, avec en gros les mêmes maisons aux mêmes places qu’en 1927, l’un des quartiers les plus chers et les plus luxueux du monde… En serait-il de même avec ce sous-Johannesburg surgissant de derrière le Louvre ? Le prestigieux musée a soudain un vague air de façade du Pentagone…

Quelle horreur !

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