Les Halles

La situation n’était plus tenable. L’une des réalisations les plus laides de Paris, déjà difficile à supporter lorsqu’elle était flambant neuve, était devenue, une fois démodée , et de surcroît dégradée, une pollution visuelle structurelle. C’en est donc fait, les « tentacules » métalliques des architectes Claude Vasconi (décédé en 2009) et Georges Pancréac’h sont actuellement démolis. Il a fallu reconnaître qu’il n’y avait rien à sauver de cet ensemble de tôle peintes et de vitreries salissantes enkystée dans le vieux Paris.

S’imposait également la réfection intégrale du sinistre échangeur du RER Châtelet les Halles, surnommé « le flipper » par les pauvres salariés qui le traversent tous les matins, qu’il faut également démolir, restructurer et éclairer à partir de la surface. 

Il est bien évident qu’un projet comme le nôtre, ou comme celui de Leon Krier, eu égard à l’environnement patrimonial visé, eût été la bonne solution. Et il est tout aussi évident que cela n’a pas traversé l’esprit d’un seul architecte ou politique une seconde. On vit avec son temps, on est tourné vers l’avenir et Paris doit donc être défiguré par du design industriel brutaliste.

Projet alternatif de Valentin Fiumefreddo (1999)

Dire qu’il aurait suffi de conserver et de réaffecter les illustres pavillons de Baltard… Admettons que l’on décide pourtant de les remplacer. Les concepteurs de 1975 ont voulu un pavillon, des arcades et un ensemble de maisons de rapport entourant un jardin central (un « forum »), plus un centre commercial souterrain. Ce projet alternatif comporte les trois, sans massacrer le « ventre de Paris » avec de la mauvaise banlieue, dont même Dominique Perrault ne voudrait pas (1999). Nous remontons le niveau du centre commercial, que nous enterrons complètement, supprimant ce que l’on a longtemps appelé le « trou » des halles.
Sur notre dalle nous créons un jardin, et le séparons de la rue Rambuteau par une colonnade imitée du Palais Royal, couvrant les voies d’accès au centre souterrain et terminée par un petit pavillon de style Mansart. Bien, entendu, les immeubles pseudo-hausmanniens, parfaitement justifiés en tant qu’habitat, deviennent de vraies façades en pierre de taille.

Projet de reconstruction des Halles par l’architecte et théoricien luxembourgeois Leon KRIER – 1979

Remarquer le respect des gabarits et de la physionomie du quartier. Au centre, un vaste edifice en pierre surmonté d’une toiture en charpente s’inspire à la fois des halles de Couhé et des pavillons de Baltard

Est-ce mieux avec le projet Patrick Berger ? 

A en croire les dessins publiés avant, l’amélioration était incontestable. Encore faut-il se méfier au plus haut point des images de synthèse des architectes, qui ont toujours l’air géniales: tout est toujours propre, neuf et ensoleillé, des gens jeunes et beaux sourient, la verdure abonde, et les problèmes techniques non résolus sont généralement éludés. Enfin il n’y a jamais ni clodos, ni tags, ni cartons McDonald’s écrasés, ni flaques d’urine séchée, et les bâtiments ne sont ni écaillés, ni décrépits ni couverts de fientes de pigeon. Les problème de sécurité sont inexistant, comme si l’on était dans la Suisse de « L’affaire Tournesol ».

J’ai d’abord cru que ces structures étaient en bois, ce qui permettait de rêver d’une charpente « moderne » intéressante évoquant le nouveau centre Pompidou de Metz. Hélas elles sont en « verre autonettoyant, iridescent et opalescent » ce qui ne va pas sans problèmes techniques.
Geré par la multinationale australienne Westfield, acquise depuis par Unibail, il faut reconnaitre que le centre commercial des Halles est très nettement amélioré avec cette restructuration totale. Quand c’est mieux qu’avant, il faut le dire.

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