Auteur/autrice : vfiumefreddo@yahoo.com

  • Palais de justice

    soubassement pierre de taille, maçonnerie en brique, charpente en bois et torchis de chanvre.

    Le respect de l’environnement implique une réforme, non seulement de la structure des bâtiments (HQE) afin de garantir une empreinte écologique minimum du fait de leur exploitation, mais également de toute la chaîne de production des matériaux de construction, non seulement en amont mais également en aval, les matériaux industriels comme le béton armé n’étant ni recyclables en cas de démolition, ni réparable en cas de dégradation (cancer du béton) les maçonneries béton formant un bloc. Entièrement construit en matériaux traditionnels, ce palais de justice combine deux types de maçonneries (pierre de taille pour le soubassement et les chaînages, brique pour les étages 2 et 3) avec un mode de construction traditionnel et économique: hourdage de torchis (chanvre, par exemple) et charpentes en bois (colombages). Prix estimé de la construction: 1500€ le m2. Selon Eliet&Lehman, une agence très sérieuse, il est possible de construire en pierre de taille massive pour 1070€ le m2.
    En effet, la pierre de taille massive, s’avère moins chère que la pierre agrafée (plaques minces fixées sur du béton) ou autoporteuse (pierres plus épaisses, mais formant parement sur une façade en béton) car elle ne nécessite qu’une seule opération, une seule technique.

  • Porte Maillot

    Jusque dans les années 50, Paris ne ressemblait pas encore à Manille ou Johannesburg. C’était beau, donc dépassé. Il fallait y remèdier au plus vite.
    Pompidou, un homme au mauvais goût très sûr, y pourvut. Certes, il aurait sans doute préféré que cette tour se dresse dans un site plus approprié, en plein centre du Paris historique, par exemple (plan Voisin) ou à la Place de la Gare d’Orsay (projet Le Corbusier)… Hélas le sympathique président se heurta aux partisans d’une « esthétique dépassée » c’est à dire les gens auxquels il restait une petite trace de sensibilité esthétique. On se contenta donc du massacre d’un ersatz des Champs-Elysée, l’avenue de la Grande Armée. L’échec était assuré: ce no man’s land ne sert aux touristes que pour dormir, le quartier est nul et le « centre commercial », structurellement en faillite, donne sur un autodrome interdit aux humains. Vous pouvez y prendre un jus d’orange à 8€ sur fond de Burt Baccharach et bavarder en mauvais anglais avec des hommes d’affaire chinois. Que du bonheur!


    Palais des congrès et hôtel en forme de château Renaissance. L’utilisation sans complexe de tous les styles (éclectisme et historicisme) avec des hauteurs parfois considérables (Chicago ou New-York) n’a rien d’une nouveauté. La tour, c’est à dire la hauteur, est un faux problème. Les tours sont une pollution visuelle parcequ’elles sont modernes, non parcequ’elles sont hautes. La cathédrale de Cologne elle aussi est haute, autant que les tours du Front de Seine (150m). La question qui se pose avec les projets de tours envisagés de nouveau dans certaines zones (Tolbiac, la Chapelle, Masséna), n’est donc pas: « quelle hauteur? », mais quel style ?

    Projet alternatif de Valentin Fiumefreddo (1998)

    Le Château de Frontenac, à Québec, offre avec son gros dongeon (plus de douze étages) une densité moyenne comparable à celle du mastodonte de la Porte Maillot, à tel point qu’il semble lui aussi en être un projet alternatif. Cette architecture joyeuse et ludique laisse loin derrière elle la misère banlieusarde de la porte Maillot.
    (photo Valentin GUIGNON) http://www.lirmm.fr/~guignon/PhotosQuebec.html

  • Quartier Montparnasse

    Dans un album de Gaston Lagaffe, le regretté Franquin baptise une banlieue de Bruxelles « Moche les Grands Clapiers ». Ce nom serait parfait pour Montparnasse. Tout comme dans le cas du Front de Seine, il semble que l’on ait touché là le fond de la laideur urbanistique mégalomane. Erich Honecker l’a rêvé, Pompidou l’a fait. Volumes hors d’échelle, façades aveugles, parcelles surexploitées, rien ne manque à la « ville de demain » selon 1970. La charmante gare Montparnasse, qui aurait pu être rénovée et agrandie, fut impitoyablement démolie. A la place, l’architecte Urbain Cassan et son équipe dirigèrent la construction de cet ensemble de trois cages immenses enserrant les voies de l’ancienne gare du Maine, surmonté d’une tour de 209 mètres et 52 étages. Cette tour est incontestablement la nuisance visuelle numéro un du paysage Parisien. Elle constitue un véritable acte de sabotage esthétique.

    Il n’y a rien à faire pour la tour, qui doit être démolie. Par contre, on peut envisager retrospectivement une hypothèse dans laquelle l’ancienne gare, charmant édifice (photo ci dessous) a été conservée, et ou les 280 000 m2 de bureaux auraient été casés dans des bâtiments moins hauts, mais plus équitablement répartis. On peut imaginer que les budgets engloutis dans des performances parfaitement inutiles auraient pu servir à réaliser le décor de façades en pierre accordées avec la physionomie de Paris et ses couleurs naturelles (calcaire). Les voies sont censées passer sous les immeubles, puisque la gare se trouvait autrefois face à la rue de Renne, en lieu et places des bâtiments informes de 1968 .

    L’ancienne gare Montparnasse (Alphonse Baude, ingénieur et Victor Lenoir, architecte, 1852). On mesurerait à présent le profit de l’avoir conservée. Elle aurait pu bénéficier du même traitement que la petite gare d’Austerlitz, que l’on vient de rénover en en conservant la charmante façade.  © Photothèque des jeunes parisiens, 2 place Ruteboeuf, 75012 Paris

  • Institut du Monde Arabe

    Les pays contributeurs à ce projet, dont certains sont fort riches, s’étonnèrent en prenant connaissance des premières maquettes de Jean Nouvel, de ne pas découvrir un pastiche d’architecture arabe, évoquant la grande Mosquée de Cordoue ou quelqu’hôtel madrilène néo-mauresque andalou

    Un architecte qui eût rendu un semblable projet « mauresque », même techniquement viable, eût été éliminé d’office, il est même probable que l’on eût cru à une blague. L’édifice de Jean Nouvel, qui parmi les « modernes » n’est pas dénué de talent, n’évoque le monde arabe, rigoureusement, en rien. L’eût-il du ? Pour les gens d’Architecture Studio, évidemment non, et cela ne mérite même pas le débat. Un institut du monde arabe qui « fait » arabe est une idée à proscrire, seul un plouc, un débile mental peut l’envisager.

    Mais nous, qui sommes des imbéciles, des passéistes, des ploucs et n’avons donc rien à perdre, pourquoi ne pas essayer, ne serait-ce que pour tester l’effet produit ? Ma façade alternative ressemblerait un peu à ces charmant pastiches orientalistes, sans emploi des lourdes (et dispendieuses) techniques mise en oeuvre dans l’édifice de Jean Nouvel et de son bureau d’étude. Y a t-il besoin de tant de dépenses d’ingénierie, pour édifier un « bâtiment R+5 à usage de bureau et d’activités culturelles »?

    Il existe un exemple, remarquablement habile, d’immeuble de rapport néo-mauresque à Paris, 18 rue des Mathurins, dû à Albert Duclos et William Klein (1876). Anciennement « Hammam turc », il n’en reste que la façade, conservée après démolition puis récemment restaurée. C’est un témoignage de la maîtrise des architectes de l’époque, qui savaient tout faire, et parfaitement.

  • Immeuble Apollo Place d’Italie

    Kenzo Tenge, très célèbre architecte japonais, est un des grands noms de l’architecture moderne. Pourtant, la même question sempiternelle se pose ici une fois de plus: peut-on honnêtement affirmer que ce bâtiment diffère en quoi que ce soit, si l’on considère son impact, de n’importe quelle façade rideau utilitaire ? Certes, comme toujours avec des architectes célèbres, il y a un peu plus de talent dans ce bâtiment que dans n’importe quel clapier de Bobigny. Le résultat n’en est pas moins à fuir.

    La proposition ci-dessous tient compte du programme, qui comportait entre autre un cinéma. L’architecture des cinémas du début du siècle, comme celle cafés, a produit des merveilles, dont la plus grande partie, hélas à été démolie (versons une larme sur le Gaumont Palace d’avant guerre, refaçadé puis démoli) Je me suis inspiré de ces exemples d’autrefois (rotonde d’angle). Avec ses pavés (jusqu’à quand?) ses arbres, son charmant square, la place d’Italie, débarassée des horreurs du XIII ème arrondissement, pourrait redevenir un lieu tout à fait plaisant… Il n’en est malheureusement pas question.

    La place d’Italie est, de surcroît, depuis longtemps considérée comme un site médiocre. Or ce n’est vrai que depuis les interventions démentielles des années 60 et 70. C’était avant un ensemble tout à fait satisfaisant. La mairie du XIII ème, très honorable édifice, était entourée d’immeubles dont les hauteurs réglementées formaient, comme la place de la Nation (qui est intacte, elle) un espace dégagé, harmonieux et agréable, les photos d’époque en font foi.

  • Gare de Lyon

    Qui a décidé ce saccage ? A-t-on les noms ? Comment expliquer cette indifférence d’analphabète pour un édifice aussi remarquable par sa qualité et son intérêt, que la gare de lyon, plus l’ensemble du début du siècle qui lui fait face, avec les rues Michel Chasles, Emile Gilbert, la rue Parrot, la rue Abel, harmonieux et cohérent?

    On atteint ici le degré zéro de l’architecture. Ces tours avaient pour fonction, outre de paraphraser l’effrayant plan Voisin (ci-§dessous), de moderniser un quartier classé insalubre dans une optique Corbuséenne. Mais l’insalubrité (indiscutable) de l’ex-ïlot Chalon ne peut servir de pretexte: les tours monstrueuses qui enserrent la rue de Bercy étaient déjà en place depuis plus de dix ans alors que la démolition de ces taudis traînait encore. L’impression de médiocrité, de pénombre, de saleté et de laideur que l’on retire d’une « promenade » rue de Bercy est un des sommets du genre.

    Notre ensemble « haussmannien » sauve le site en recasant les bureaux logés dans les tours derrière des façades assurant la continuité avec l’environnement. Il n’est pas exclu que le gros poste de l’opération serait sans doute la démolition des tours elles-même.
    Mise au point: le nom de Le Corbusier ne saurait donner à ces saccages une aura intellectuelle parfaitement usurpée. Il y a, en effet, gros à parier que les auteurs de cette horreur se souciaient de Le Corbusier comme d’une guigne. Ce n’étaient ni des idéologues ni des utopistes, mais de simples technocrates dépourvus de goût, sans doute amateurs de fauteuils en skaï, de cache radiateurs en laiton, de sols revétu de Dalflex gris, et roulant dans une R16 vert-bouteille.

    Il n’est pas inutile de rappeler ce qu’était le plan Voisin, qui constitue une sorte de modèle fondateur pour tout ce qui fut fait de pire dans les années 60-70. Sur le dessin ci dessus, dû à Le Corbusier lui-même, on apperçoit les dix-huits tours de soixante étages prévues: 240 ha de patrimoine inestimable brutalement rasés, de la place de la République à la rue du Louvre, de la gare de l’Est à la rue de Rivoli. Dix-huit « tours Montparnasse » se seraient dressées derrière le Louvre, comme une gigantesque porte de Choisy, dont on imagine l’état de dégradation « à la Front de Seine » quelques décennies plus tard…

  • Direction de l’Action Sociale de L’Enfance et de la Santé

     L’éxécution, comme à l’opéra Bastille, laissait à désirer. En témoignent les inévitables filets de protection destinés à protéger les passants de chutes d’éléments de la façade. Une fois de plus, l’insensibilité esthétique des auteurs et maîtres d’oeuvre de cette boîte métallique laisse pantois. On dirait qu’ils ont tout fait pour garantir une nuisance visuelle maximale. Il est vrai qu’en voyant disparaître le petit pavillon de style Baltard qui occupait cet emplacement, pourtant inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1984, on pouvait s’attendre au pire. Sur la gauche, on aperçoit la façade de l’ancien Hôtel Méditerranée, dit aussi « Salons Vianney ». Ce beau bâtiment, du à John Monod (1892) ne crée pas, malgré ses six étages, de volume importun. (Propriété dans les années 50 de la préfecture de la Seine puis de la Ville de Paris, il abrite au aujourd’hui la direction de l’architecture).

    Nous nous sommes cette fois contentés de recopier un immeuble existant (2, rue Michel Chasle), comme cela a été fait pour la Fnac Saint-Lazere, place du Havre (Michel Macary). La méthode consiste à relever la modénature puis à la recopier à l’identique, à l’aide d’enduits et de pierre mince agrafée, sur une façade en béton banché conventionnelle. Certes, il s’agit d’une opération peu créative. Mais devant la rareté des artistes vivant ayant le savoir-faire nécessaire, chercher un immeuble ayant un gabarit correspondant à peu près au projet, puis le reproduire dans ses moindre détails garantirait au moins, en attendant mieux, le respect du site. L’injure hautement disqualifiante de « façadisme », ânonnée dans tout missel architecturallement correct , condamne évidemment ce projet. Mais que nous proposent-ils ? L’actuelle façade grisâtre en tôle emboutie ? Non, merci!

    Ce bâtiment est d’une exceptionelle laideur.
    Tout comme le « moucharabieh » de l’institut du Monde Arabe, le pan de verre « roulant » de 33,50 m x 24 m, se déplaçant devant la façade de l’immeuble, tenu grâce à une structure de tubes haubanés par des câbles et des tirants en acier (poids total: 84 tonnes, roulement: boggies sur rail 51 m) ne fonctionne évidemment pas. Mais à quoi diable pouvait servir un gadget pareil ?

  • Conservatoire du VIIe arrondissement

     Les grands travaux ne doivent pas cacher les opérations ponctuelles qui passent inapperçues. Ce grignotage insidieux du tissu urbain par la construction industrielle peut s’avérer, avec le temps, plus dévastateur qu’un grand chantier. Combien de rues encore intactes sont défigurées par l’arrivée d’un seul projet  moderne ? Seul un façadisme plus strict pourrait éviter d’autres dégâts. C’est bien pour cela que l’obligation de conservation des façades inquiète de nombreux architectes, soucieux de s’afficher dans des lieux prestigieux.

    Ayant reçu le nom de notre Cher Erik Satie, cet édifice essaie de ne pas être un HLM brutaliste. L’architecte a probablement passé un temps fou à réfléchir et à élaborer ce projet
    C’est hélas assez disparate.

    Mon projet n’est pas très original… vu de 1880. Lorsqu’on me demande si je suis architecte (ce sont curieusement surtout les architectes qui présument que je le suis), je répond : « Non, mais j’eusse été un très bon architecte sous Napoléon III »

    Au moins, mon projet est parfaitement intégré dans le paysage de notre ville.

  • Place de la République

    Il y a moins de dix ans, cette place mythique de Paris était rénovée pour la somme exorbitante de 20 millions d’euros. Résultat, un échec (de plus)…
    Déjà, de nouveaux travaux sont envisagés tellement c’était raté. C’est Nicolas qui paie. Donc, puisqu’il en est question, je propose des solutions qui évidemment ne seront pas retenues.

    Difficile de faire plus laid et plus banal. Voilà le résultat d’un concours international : un dallage sinistre, et l’entrée des urgences de l’hôpital Henri Mondor à Créteil

    Je me suis inspiré des quelques exemples de petites gares transformées en bar, comme « La Gare » à La Muette. Les colonnes d’ordre toscan sont simple et élégantes, donc pas trop coûteuses.

    Pour ces deux architectes, « populaire » veut dire laid. Le beau serait donc réservé aux riches…

    DCIM\100MEDIA

  • Place de Catalogne

    Ricardo Bofill, par ses emprunts décalés au vocabulaire classique, son usage (volontairement) approximatif de proportions et de compositions qu’on croyait perdues, a suscité (un temps) un immense espoir: le vent tournait-il enfin ? Il a vite fallu déchanter: seules les personnes n’ayant que de vagues notions d’architecture classique peuvent être abusées par ces pseudo-pastiches. Du reste, Bofill s’est immédiatement défendu, horresco referens, de « faire » du classicisme. Au contraire, il évoque l’idée que, selon lui, la « mémoire populaire » se fait du classicisme.  Prenant le « peuple » pour inculte, il fait donc des « allusions », il « détourne », il « réécrit »: ses pilastres ne soutiennent rien, ses colonnes sont des cylindres non galbés et disgracieux, ses épidermes sont faits de matériaux médiocres et salissants. On est rassuré: Bofill ne copie pas le classicisme, il le tourne en dérision. En clair: il se vante d’être mauvais, il tient à nous rassurer totalement sur ce point, et de plus nous apprend que c’est, en tant que « peuple », ce que nous aimons.

    Le projet ci-dessus est une transposition, en vrai classicisme, de ce à quoi Bofill fait (vaguement) allusion dans son décor de façade. On voit tout de suite que le climat instauré par notre projet n’a aucun rapport avec le sien. La première chose à éviter est, au moins en surface, l’effet déplorable créé par ces plaquages agrafés en matériaux agglomèrés qui posent toujours des problemes d’écoulement et de salissure (les mauvais larmiers, plaie des revêtements de façade actuels), et de les remplacer par des matériau naturels. Il convient également de ne pas « faire allusion à », mais de copier, tout simplement. Des formes et proportions qui sont le produit de siècles de tatonnement ne doivent être modifiées que d’une main tremblante. Retirez un dixième au diamètre d’une colonne, vous la rendez grêle. Un dizième de trop, elle est empatée. Nous n’avons fait qu’appliquer des recettes éprouvées par les siècles.

    Ricardo Boffil a cessé de « réécrire ».

    Effet de mode ? La provocation ne fait plus rire ses confrères ? Ou en a-t-il eu assez que certains crétins l’assimilent à Albert Speer ? Sa période « classique pour rire » est apparement révolue.  Son marché Saint Honoré (1997), tout acier comme le Centre Pompidou, pourrait être un mall à Melbourne ou une banque à Francfort. Il n’est pas certain qu’à tout prendre, ce ne soit pas légèrement « moins pire ».
    Ne vaut-il pas mieux, en effet, du bon Boulez que du mauvais Clayderman ?
    D’autant que l’état antérieur de la place était particulièrement désastreux.